Les peuples du Grand Nord
Les nomades de Sibérie sont les premiers découvreurs de fossiles et les meilleurs alliés de Mammuthus sur la piste des mammouths disparus.

L’or blanc des nomades

 

Après la longue nuit polaire, le retour du soleil est accueilli en Taïmyrie par une grande fête. Les Dolgans, l’un des 26 « petits peuples » des hautes latitudes, organisent les réjouissances pour célébrer le retour du printemps. C’est lors d’un de ces rassemblements, il y a plus de quinze ans, que Bernard Buigues a fait la connaissance de ceux qui sont bientôt devenus des amis et ses meilleurs guides dans la chasse au mammouth disparu.

 

Parmi les 6000 Dolgans seules quelques familles sont encore nomades. Vivant de chasse, de pêche, de cueillette mais aussi de l’élevage des rennes, elles parcourent sans arrêt la toundra à la recherche de pâturages. Ces déplacements ancestraux leur ont appris à décrypter cet immense désert mieux que personne. Là où le visiteur occasionnel ne perçoit qu’une blanche monotonie, les nomades distinguent le plus léger mouvement, la moindre variation de relief.

 

Un signe maléfique

Leurs transhumances croisent parfois le sanctuaire d’un mammouth. Pour les Dolgans, une telle rencontre a longtemps été un signe maléfique. Ils se résignaient pourtant à prélever les défenses de l’animal sorties de terre. Dans les paysages polaires où le bois et certains métaux sont rares, l’ivoire constituait une bien précieuse matière première pour confectionner pièces de harnachement du traîneau, boutons, cuillères…

Commerce d’ivoire

Aujourd’hui, les matériaux modernes le remplacent peu à peu. Mais le mammouth n’a rien perdu de sa valeur. Car certains collectionneurs sont prêts à payer très cher pour cette version fossile de l’ivoire d’éléphant. Ce commerce promet aux découvreurs de fossiles une petite fortune. Or les Dolgans sont pauvres. Le produit de la vente d’ivoire leur permet de se procurer les denrées coûteuses qui leur sont devenues indispensables: cartouches pour la chasse, motoneiges, essence, sucre… Pourtant, la génération des anciens se méfie du marché de l’ivoire. Ceux qui ont lutté pour protéger leur culture, si menacée pendant l’ère soviétique, refusent de se laisser influencer par la société de consommation.

 

 

Science et tradition

C’est ce que les hommes de la famille Jarkov ont expliqué à Bernard Buigues avant de le conduire à l’endroit où ils avaient repéré deux défenses. L’explorateur a donné leur nom à sa première découverte : le mammouth Jarkov. Respectueux des traditions des gens de la toundra, Bernard Buigues a su, au fil du temps, leur faire partager l’intérêt scientifique et patrimonial que représentent les archives dissimulées dans leur sous-sol. Il mène toutes ses expéditions avec le souci d’associer de la même manière chercheurs et autochtones à sa quête.

 

Aujourd’hui, les nomades de la toundra sont les meilleurs alliés de Mammuthus. Les Dolgans, mais aussi les Yukagirs, les Yakoutes, les Nénètses savent que leur participation à cette aventure scientifique est essentielle. L’équipe de Mammuthus sait qu’elle ne peut rien sans tous les peuples du Grand Nord rencontrés sur la piste du mammouth.

Culture